Un périple en Papouasie – Sur les traces d’Alfred Russel Wallace avec la Fondation Iris

Emilia d’Avack, qui fait partie de notre équipe développement de projet et qui est aussi biologiste marine, a eu l’immense chance de participer en décembre 2016 à l’expédition « Science et Images » en Papouasie occidentale, organisée par la Fondation Iris. Cette fondation dirigée par Françoise Brenckman et Jean-Marie Hullot, se donne comme principal objectif de « préserver la fragile beauté du monde ». Cette expédition était la deuxième édition d’une mission en mer réunissant naturalistes, photographes et artistes autour du thème de la biodiversité. Le but était de découvrir l’incroyable diversité animale et végétale de la « Péninsule de la Tête d’Oiseau » (Bird’s Head Peninsula) de Raja Ampat à la baie de Triton et de comprendre les menaces auxquelles elle fait face.

SWD-2016-12-30-083510

La visite des villages à travers l’archipel, toujours un moment fort pour l’équipe de l’expédition. Photo: Staffan Widstrand / Fondation Iris

Lundi 19 décembre 2016 – après des mois de préparation et d’anticipation croissante, ce jour marque le premier de notre expédition d’un mois en Papouasie occidentale. Organisée par la Fondation Iris, l’expédition «Science et Images» réunit une équipe d’artistes et de scientifiques dans le but de mettre en valeur l’extraordinaire biodiversité de la région et d’identifier les dangers qui pourraient la menacer. Notre équipe est dirigée par les deux coprésidents de la Fondation Iris : Jean-Marie, génie informatique devenu défenseur de l’environnement et son épouse Françoise, botaniste et fervente écologiste. Le reste de l’équipe est composée de 7 personnes : un pilote de drone, deux photographes professionnels, un ornithologue spécialiste de la biologie évolutive, un artiste-peintre de voyage, un lycéen et moi-même, biologiste marine et ‘Project Developer’ chez PUR Projet.

SWD-2017-01-14-165112_01

L’équipe de la Fondation Iris et tout d’équipement nécessaire pour l’expédition. De gauche à droite: Staffan, Jean-Marie, Christophe G., Christophe T., Magnus, Emilia et Stéphanie (manquent à l’appel : Françoise et Jonathan). Photo: Fondation Iris

Après de nombreuses heures de vol, nous arrivons finalement dans la ville portuaire de Sorong, point de départ de notre voyage. Pour les 30 prochains jours, nous vivrons et travaillerons à bord du Cahaya Mandiri, une goélette traditionnelle en bois, pour un voyage qui nous mènera à travers la péninsule dite ‘de la Tête d’Oiseau’, qui va de Raja Ampat à Kaimana Regency et à la baie de Triton. Notre parcours suivra les traces du naturaliste britannique et explorateur Alfred Russel Wallace qui a passé huit ans, de 1854 à 1862, dans ce qui était alors connu sous le nom de l’Archipel Malais. Wallace a exploré les îles pour rassembler des spécimens biologiques pour ses collections mais c’est surtout pendant cette période qu’il a développé sa théorie de l’évolution des espèces par la sélection naturelle, indépendamment des travaux de Darwin. Il n’est pas surprenant que ses idées sur l’évolution aient commencé ici, tant peu d’endroits sur Terre peuvent rivaliser avec l’immense diversité animale et végétale de cet archipel. Par exemple, le paysage marin y abrite plus de 1 600 espèces de poissons de récif ainsi que 75% des espèces de coraux connues au monde. Le nombre élevé d’espèces endémiques (plus de 70 espèces de poissons, de coraux et de crustacés se rencontrent ici et nulle part ailleurs dans le monde !) a valu à la région le surnom d ‘«usine d’espèces». En plus d’être un épicentre de la biodiversité, les eaux riches en nutriments fournissent également un moyen de subsistance essentiel à la population locale pour qui la pêche est la principale ressource.

SWD-2017-01-09-091932_01

La préservation de l’incroyable biodiversité de la région est essentielle pour les populations locales qui en dépendent. Photo: Staffan Widstrand / Fondation Iris

La faible densité de la population locale, associée au relatif isolement de la zone, ont permis jusqu’à ce jour la préservation de cet environnement incroyable. Cependant, les scientifiques ont déjà observé un déclin de la population aquatique et des habitats marins, en raison de pratiques de pêche non durables surexploitant la ressource. Pour assurer la gestion durable des ressources marines dans cette zone, une initiative de conservation a été lancée en 2004, qui a permis d’établir un réseau de 12 aires marines protégées (AMP) couvrant un total de 3,6 millions d’hectares.

Ce vaste réseau d’AMP offre un sanctuaire pour un large éventail d’espèces marines, mais certaines mauvaises pratiques de développement, l’extraction du nickel et d’autres minéraux, ainsi que la croissance rapide de la population continuent de menacer la santé et la survie de ces écosystèmes fragiles et des communautés locales qui en dépendent. Les effets globaux du changement climatique, qui entraînent une augmentation de la température de la surface de la mer et des changements de conditions océanographiques, ajoutent une pression supplémentaire. Wallace, un environnementaliste visionnaire bien avant l’avènement des mouvements de préservation, était déjà bien conscient de la fragilité de cet incroyable lieu et alertait à propos du risque d’extinction :

[…] « les générations futures nous regarderont certainement comme des peuples si engagés dans la poursuite de nouvelles richesses que celle-ci nous aura rendus aveugles à toute autre considération. Ils nous accuseront d’avoir sciemment permis la destruction de certaines manifestations de la Création, que nous avions en notre pouvoir de préserver ; et tout en prétendant considérer toute chose vivante comme le résultat direct et la meilleure preuve de l’existence d’un Créateur, dans le même temps, avec une étrange incohérence, d’assister à la disparition irrémédiable de nombre d’entre elles de la surface de la terre, négligées et méconnues. » (D’après le témoignage de Wallace sur la géographie physique de l’Archipel Malais dans le  « Journal of the Royal Geographical Society » 33: 217-234).

Notre expédition est animée par la volonté de promouvoir la conservation et la protection, pour les générations présentes et futures, en sensibilisant à l’importance de ce patrimoine naturel unique.

Par Emilia d’Avack

MLU-20170109-184110-57S

Les couleurs vives de la raie pastenague à taches bleues sont un avertissement pour son de la toxicité des épines à la base de sa longue queue. La raie respire par les spiracles situés au-dessus de chaque œil. Photo: Magnus Lundgren / Fondation Iris

MLU-20170110-041941-02S

Gros plan sur de délicats polypes coralliens. Photo: Magnus Lundgren / Fondation Iris

SWD-2017-01-13-115720

Les crabes fantôme sont facilement reconnaissables par leurs grands yeux pédonculés et érigés. Ces pédoncules sont plus longs chez les mâles adultes et sont probablement utilisés dans le cadre de rituels d’accouplement et d’affichages pour écarter les mâles rivaux. Photo: Staffan Widstrand / Fondation Iris

Pour en savoir plus sur la Fondation Iris :

https://www.facebook.com/fondationiris

http://www.fondationiris.org/

logo fondation iris

 

Share Button